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27 avril 2008
Clochemerle chez les cigognes
Les Alsaciens de la « Fédération identitaire »
veulent des affiches en… yiddish !

Coup de théâtre au sein d’Alsace d’Abord : douze mois, à peine, après le grand retour de Robert Spieler à la tête du sous-groupuscule séparatiste alsacien (congrès de mars 2007), voilà que le même Spieler se voit obligé de « démissionner » de ses fonctions. Officiellement, le très modeste « leader naturel des Identitaires en Alsace » (sic !) aurait « décidé de renoncer à toute responsabilité au sein d’Alsace d’Abord et de quitter la présidence du mouvement » afin de « participer à titre personnel et de façon très active au Comité d’Initiative pour la Refondation » de Touzé et Hélie, sorte de réchauffé indigeste d’Espace Nouveau/AP/PNR au profit de la droite sarkozyenne. Dans les faits, il est nécessaire de souligner qu’une crise couvait en catimini depuis novembre dernier, lorsque le congrès des ID en Bourgogne avait choisi comme représentants de la « Fédération identitaire » pour l’Alsace, non par Herr Spieler mais Jacques Cordonnier et Christian Chaton, assistés de Fabrice Lauffenburger, responsable de Jeune Alsace avec Lamberterie. Spieler, jugé trop proche des droitistes du « mouvement national » devenait compromettant et risquait de faire plus office de boulet qu’autre chose. Avec le score minable de 2,17 % aux municipales de Strasbourg (juste derrière le Front !), la stratégie Spieler a fait long feu et son isolement politique sur la scène locale alsacienne n’est que plus flagrant. Une stratégie qui l’avait amené en 2007 à tenter d’imposer au FN de lui lâcher trois circonscriptions pour les législatives (pour lui, Anne Kling et Christian Chaton) en échange du modeste et unique parrainage de Chaton en faveur de la candidature présidentielle de Jean-Marie Le Pen.
Après une petite déprime de quelques semaines, où il a laissé à Madame le soin d’aller raconter sur son blog que tout çà c’était que « de-la-faute-à-Le-Pen », « Herr Zwei Prozent » (Monsieur Deux Pourcent, comme certains le brocardent dans son dos) s’est vu confronté à un pu-putch à la sauce riesling dont n’en aurait pas même rêvé un spécialiste comme Mégret.
Vae Victis ! …comme aurait pu le dire l’inénarrable Stéphane Bourhis (1) qui, pour sa part, s’est retrouvé à la place du cocu, le nez planté devant la porte du conseil municipal d’Hoenheim, malgré tous ses efforts pour faire croire, à qui voulait l’entendre, qu’il était « centriste » !
La mini manif de Robert Spieler en faveur des Serbes du Kosovo, qui n’a rassemblé en mars dernier que quelques dizaines d’activistes bien encadrés par la police, a vraisemblablement été la goûte d’eau qui a fait déborder la barrique de Weißbier. Ce trop rare instant de lucidité lui a coûté sa place, le laissant dans une parenthèse politique pour un petit bout de temps. L’offensive contre Robert Spieler a tout d’abord été portée par une estocade de Colmar d’Abord (on n’est trahi que par ses amis), pour se terminer comme l’on sait.
Philosionisme, communautarisme et atlantisme
En fait, nous assistons là à une véritable révolution interne d’Alsace d’Abord, menant tout droit à une inévitable mutation idéologique. En témoignent les entrevues, publiées dans l’éphémère mensuel Transeurope en mars 2006, de Jacques Cordonnier et Fabrice Lauffenburger. Entrevues essentielles et ayant certainement un très fort sens fondateur dans le paysage politique de la mouvance identitaire en France. Il nous apparaît donc nécessaire de revenir aujourd’hui sur ces documents assez peu connus, d’autant que ce sont justement Jacques Cordonnier et Fabrice Lauffenburger qui ont été désignés pour coordonner la « Fédération identitaire » en Alsace, structure en lien étroit avec le Bloc identitaire de Fabrice Robert.
Ces deux articles intervenaient alors que Spieler venait déjà de quitter pour la première fois la présidence d’Alsace d’Abord pour la remettre entre les mains de Cordonnier. Et, déjà, Spieler entendait retrouver « sa pleine liberté d’action »… Ces articles apparaissent aussi suite aux prises de position d’une majorité des membres d’Alsace d’Abord (dont Cordonnier) en faveur du Oui au projet de Traité constitutionnel européen (2005), alors que lui, Robert Spieler, a toujours affirmé avoir été « personnellement » en faveur du Non. Fragilisé dans son autorité de chef du mouvement alsacien, il était du reste moins actif depuis l’échec d’Alsace d’Abord aux élections régionales de 2004, sa liste –mise en concurrence avec celle du FN- ayant été recalée à quelques centaines de voix près au pied des 10% ouvrant droit à des élus régionaux.
Il ressort dans Transeurope que cette révolution actuelle du mouvement régionaliste et « identitaire » alsacien, était déjà grandement prévisible en 2006, puisque particulièrement discernable dans les propos de Cordonnier et Lauffenburger. Edifiant !
En mars 2006, dans un contexte de profanations de sépultures juives dans des cimetières alsaciens, en guise de programme politique solide, Jacques Cordonnier proposait une rupture totale avec l’antisémitisme ; comme si la présidence Spieler en avait été dépourvue... N’ayant jamais appartenu à aucun parti de « l’extrême droite française » (alors que son prédécesseur fut successivement membre d’Ordre nouveau, puis du PFN, puis du FN, puis d’Espace nouveau) (2), Cordonnier voulait très clairement qu’Alsace d’Abord assume une mutation à la Fini (le post-néofasciste Gianfranco Fini est devenu en quelques années l’homme politique italien le plus apprécié des Israéliens). Cordonnier reconnaissait envier aussi la stratégie électorale du Vlaams Belang qui imprime des affiches en yiddish. Limiter l’action du VB à leurs affiches hébraïques pourrait sembler quelque peu réducteur, mais le secrétaire général d’Alsace d’Abord semble particulièrement y tenir. Et de vanter le fait que les politiciens flamands du VB clament leur solidarité avec les diamantaires juifs d’Anvers, allant même jusqu’à exposer « humblement » leurs positions devant le Congrès juif mondial. Il ne manquerait plus qu’une ou deux invitations pour Rochachana où pour la Bar-Mitsva d’un obscur neveu de tel ou tel ponte anversois pour rendre notre identitaire alsacien pleinement heureux !
Et Jacques Cordonnier d’insister en direction du communautarisme juif, qui n’était, et n’est toujours, pourtant pas demandeur : « La population juive fait intégralement partie du substrat alsacien. Ils sont là depuis mille ans… Nous n’avons aucun ressentiment à leur égard […] Nous appartenons à la même civilisation ». Et de prôner un rapprochement avec ses « compatriotes juifs » qui « ont le même adversaire que nous » : l’islam ! Avant d’annoncer la stratégie à suivre pour Alsace d’Abord : « J’espère que nous pourrons faire chacun un pas vers l’autre et nous rencontrer… c’est urgent », lançait-il dans cette entrevue en direction des responsables communautaires juifs d’Alsace et d’ajouter sur un ton presque gémissant : « Je connais des militants d’Alsace d’Abord qui meurent d’envie d’aller à une sortie de synagogue rencontrer des juifs alsaciens pour les supplier de nous croire… » Un discours très politiquement correct qui sonne comme une supplique pleurnicharde largement réitérée quelques lignes plus loin par Fabrice Lauffenburger, responsable de Jeune Alsace, qui voulait déjà, là encore, « opérer une rupture totale » par « l’accomplissement d’une révolution intellectuelle majeure » : « Je ne suis pas antisémite parce que je ne crois pas à la théorie du grand complot. Les juifs sont seulement un peuple politique, un peuple cérébral, voilà tout. En revanche, je crois à la puissance du courant idéologique de la gauche qui est, elle, un réseau qui existe et agit vraiment [contrairement aux ID, sans doute, ndlr]. Je ne suis pas antisémite parce que je n’ai pas de vision monolithique de la communauté juive ». Fermez le ban !
Pathologies intellectuelles émotives
Une approche qui appelle à mettre en chantier une tâche pour le moins ardue dans la mouvance eurorégionaliste alsacienne, lorsque l’on sait que son bras droit, promut porte parole de Jeune Alsace depuis deux ans, le très magyarolâtre Nicolas de Lamberterie, aurait une certaine tendance à être plutôt un fervent admirateur des réactionnaires de droite et fascistes hongrois (Gyula Gömbös, Ferenc Szalazi…), grands pourfendeurs de juifs, que de Bela Kun ou Tibor Szamueli. Pas évident non plus lorsque l’on sait combien les réseaux d’Anne Kling (3) peuvent compter dans le relationnel politique d’Alsace d’Abord.
Une approche intellectuelle et idéologique, pour le moins audacieuse, qui n’est pas sans lien avec une partie des Identitaires. En effet, lors d’un séminaire de formation à l’été 2003, des cadres du mouvement identitaire comme Jean-Baptiste Santamaria (ex militant de la Ligue communiste révolutionnaire de Krivine, un des rares mouvements d’extrême-gauche ouvertement pro-sioniste en France), sans doute par trop influencés par les délires de Dantec ou Del Valle, avaient tenté d’imposer des thèmes ouvertement occidentalistes, voire euro-atlantistes, au grand mécontentement de nombre de militants qui entendaient rester sur des principes un peu plus terre à terre. Comme par hasard, Lauffenburger était déjà de ces esprits audacieux. Un esprit qui connaît ses classiques, bien évidemment : « Je pense que la France est le noyau nucléaire de la décadence mondiale qui, après ses échecs idéologiques, se rétracte sur son berceau originel, en France. Je rejoins donc totalement Alain Finkielkraut quand il dit que l’antiracisme sera au siècle prochain ce que fut le communisme au XXe siècle. C’est un devoir pour nous tous de soutenir activement et sincèrement Finkielkraut ». Sans envisager pour le moment de se convertir au judaïsme, Lauffenburger estime avoir « le devoir de prendre contact avec des gens normaux [en écrivant sous le pseudo débile de Karl Hauffen dans Synthèse nationale, c’est quand même pas gagné, ndlr] et de ne plus [se] couper de ce qui se passe chez de nombreux intellectuels comme Finkielkraut […] mais aussi Renaud Camus, Houellebecq, Maurice G. Dantec et d’autres… » Il a oublié BHL, Jacques Attali, Marek Halter et André Glucksmann… mais ce n’est qu’un oubli !

A l’évidence, l’individu semble atteint par de multiples pathologies idéologiques chroniques dignes des milieux bobos germanopratins, tant son esprit semble à la fois empêtré dans des méandres nauséeux et pris en otage par le terrorisme intellectuel ambiant des ultra-mondialistes dont, justement, Finkielkraut, Dantec et leurs amis font partie. On comprend mieux, maintenant, pourquoi le signe de ralliement des « Jeunes Alsaciens » n’est autre que le poing tendu de la fête des Purim, fête de la vengeance chez les Hébreux anciens, fête plus nationale que religieuse « qui a toujours suscité la fierté raciale des Hébreux et leur haine envers les oppresseurs passés et présents » ( La Terre Sainte , mars-avril 2001).
« Je me sens très proche d’un penseur comme Alain Finkielkraut, confirme au final Jacques Cordonnier comme pour asseoir la nouvelle ligne politique à suivre au sein d’Alsace d’Abord, nous n’avons qu’un seul adversaire c’est l’islamisme ». Alors, pourquoi avoir reproché à Spieler de soutenir les Serbes du Kosovo au nom du combat anti-islamiste, justement ? Mystère des éternelles incohérences de l’endogamie politique consanguine de ces euro-régionalistes alsaciens !
Refusant de penser de façon cartésienne et honnête, Lauffenburger s’affirme également en rupture avec l’anti-américanisme, et fait montre à la fois d’une affligeante ignorance crasse en matière d’histoire et de géopolitique s’entremêlant de raccourcis intellectuels aberrants : « Les Américains n’ont commis qu’une seule erreur à notre égard, celle de ne pas nous avoir débarrassés de la vermine communiste en 1946 [ndlr : Pourquoi 1946 ? Mystère ! Apparemment, le petit Führer de Jeune Alsace ne sait pas que le retour des communistes au gouvernement date de fin 1944, grâce à De Gaulle !] quand ils en avaient le pouvoir [Archi-faux, il n’y a jamais eu d’AMGOT en France, ndlr], sinon… je ne vois pas quoi leur reprocher… [Dresde, Hiroshima, My Lai, Belgrade…, ndlr]. En tout cas pas la guerre en Irak… ! » Généreux avec l’argent et le sang des autres, est-il utile de préciser qu’il n’est surtout pas volontaire pour aller au casse-pipe ?
Et de poursuivre, sans rire : « Je crois qu’il faut rester anti-communiste à fond, c’est la seule manière de nous préserver de l’antisémitisme ! » Intéressante approche qui rompt totalement avec des décennies d’études historiques (soit des centaines de milliers d’heures de travail en archives par de vrais historiens) démontrant que la plupart des mouvements politiques en Europe qui furent mêlés de près ou de loin à l’antisémitisme au XXe siècle étaient ouvertement et tout d’abord anticommunistes. Mais notre stratège intellectuel entend sans doute lancer une nouvelle école « historique » à lui tout seul…
Et le chef de file des « Jeunes Alsaciens » d’enfoncer le clou : « Moi, quand j’ai vu qu’Israël était le meilleur et dernier allié de l’Afrique du Sud blanche, je me suis dit que vraiment, l’idée du complot juif contre les Européens était une vaste connerie. On ne s’en sortira pas si on continue à nourrir de tels délires… Il faut tout remettre à plat, comme le font nos camarades flamands qui impriment des affiches en yiddish… Moi, je suis prêt à le faire, ici en Alsace… »
Et c’est ce gugusse que cet inculte de Roland Hélie, « directeur » de la « revue » Synthèse nationale, présente comme un authentique « petit génie » ! Après de telles inepties, Fabrice Lauffenburger ose parler du Front National comme d’« une nébuleuse de tarés »… Et question « tares », l’individu semble s’y connaître. Il est vrai, comme le disait Audiard, ces gens-là, ça ose tout, c’est même à çà qu’on les reconnaît !
Charles ROOS
(1) Eh oui, Stéphane, comme tu le vois, nous ne t’oublions pas !
(2) Alors qu’il déclare aujourd’hui n’avoir « jamais été nationaliste français » ! –cf. : article sur son blog en date du 4 avril 2008-
(3) Fonctionnaire au Conseil de l’Europe, numéro 2 de la liste Strasbourg d’Abord menée par Spieler, auteur d’une étude à succès sur la LICRA ( La France LICRAtisée ) et donc par forcément portée sur le philosémitisme.
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